Les forêts peuvent-elles subvenir aux besoins humains tout en restant en bonne santé ?

La réponse dépend de la manière dont la forêt est gérée.
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August 20, 2026
Category : Stories

La gestion forestière est parfois réduite à un choix simple : laisser les forêts intactes ou abattre des arbres. Pourtant, les forêts sont des écosystèmes complexes, et leur gestion implique bien plus que l’abattage des arbres. 

Au fond, la gestion forestière consiste à préserver les forêts au fil du temps afin qu’elles puissent continuer à offrir des avantages écologiques, sociaux et économiques aux générations actuelles et futures.

Qu’est-ce que la gestion forestière ?

La gestion forestière ne se résume pas à abattre des arbres.

Comme l’explique le forestier Throstur Eysteinsson, cette notion repose depuis l’origine sur un principe fondamental de durabilité :

Dès le départ, il ne s’agissait pas seulement des arbres. La gestion forestière portait déjà sur ce que nous appelons aujourd’hui la durabilité. Autrement dit, il fallait veiller à ce que la forêt repousse lorsque nous l’exploitions.

Ce principe demeure central aujourd’hui.

La gestion forestière peut aller d’interventions très limitées à une gestion beaucoup plus intensive. Le niveau approprié dépend de la forêt, de son état, de son environnement et des objectifs poursuivis.

Que peut comprendre la gestion forestière ?

Elle peut notamment consister à :

  • protéger les habitats et la biodiversité
  • régénérer et restaurer les forêts
  • éclaircir les peuplements trop denses
  • réduire certains risques d’incendie de forêt
  • protéger les sols et l’eau
  • offrir des possibilités de loisirs ainsi que d’autres avantages sociaux et culturels
  • produire du bois et d’autres produits forestiers
  • préserver des zones où les processus naturels peuvent se poursuivre avec peu ou pas d’intervention.

L’objectif consiste à considérer ces différents objectifs dans leur ensemble plutôt que comme des choix distincts ou incompatibles.

Par exemple, la production de bois d’œuvre peut générer des revenus qui permettent aux propriétaires forestiers de continuer à investir dans la régénération et l’entretien des forêts. La protection d’un cours d’eau peut favoriser la biodiversité tout en préservant les ressources en eau. Le maintien de différentes structures forestières peut soutenir à la fois la résilience écologique et la faune.

La gestion forestière consiste donc souvent à trouver un équilibre entre des objectifs étroitement liés, plutôt qu’à privilégier un avantage au détriment des autres. 

Chaque forêt exige une approche différente

Il n’existe pas de solution unique pour gérer une forêt.

Les forêts tropicales, boréales et tempérées présentent des climats, des espèces, des processus écologiques et des histoires différents. Même deux forêts situées dans une même région peuvent présenter des caractéristiques très différentes.

Comme l’explique la forestière Mabel Morán Guzmán  

Les caractéristiques propres à un site doivent être prises en compte pour déterminer quoi planter et comment gérer la forêt. Toutes les espèces ne conviennent pas à toutes les forêts ni à tous les milieux.  

C’est pourquoi la gestion forestière commence par une bonne compréhension de la forêt elle-même.

À certains endroits, la plantation et la régénération active peuvent convenir. Ailleurs, l’éclaircissage peut contribuer à créer une structure forestière plus saine et plus résiliente. Dans d’autres cas encore, la meilleure décision peut être de protéger une zone et de laisser les processus naturels suivre leur cours sans intervenir.

Un paysage forestier en bonne santé ne se présente pas nécessairement de la même façon partout.

Le maintien d’une diversité de structures forestières et d’habitats peut d’ailleurs jouer un rôle important dans la santé des paysages.

L’exploitation forestière détruit-elle les forêts ?

L’exploitation forestière, c’est-à-dire l’abattage d’arbres destinés à la fabrication de produits en bois, constitue l’un des outils auxquels la gestion forestière peut avoir recours. Mais l’exploitation forestière n’est pas synonyme de gestion forestière, et la gestion forestière ne s’arrête pas une fois les arbres abattus.

Il peut exister des raisons écologiques justifiant l’abattage ou l’éclaircissage de certains arbres.

Dans une forêt très dense, la concurrence pour les ressources peut être forte, et certaines conditions peuvent accroître la vulnérabilité aux perturbations telles que les feux de forêt, les infestations d’insectes ou la sécheresse. Dans certains cas, réduire la densité peut renforcer la résilience de la forêt.

L’éclaircissage peut également modifier la structure d’une forêt au bénéfice de certaines espèces sauvages. Certaines ont besoin d’un milieu plus dégagé, tandis que d’autres ont besoin d’un couvert forestier dense. Créer une diversité de structures forestières peut donc contribuer à diversifier les habitats.

Mais les résultats dépendent de la manière dont l’exploitation est planifiée et réalisée.

Les forestiers déterminent quels arbres retirer, quels arbres et habitats protéger, quelles seront les répercussions sur les sols et l’écosystème environnant et quelles mesures devront être prises par la suite.

La régénération fait partie intégrante du processus.

Dans les forêts gérées, l’exploitation est généralement suivie d’une régénération naturelle, d’une plantation ou d’une combinaison des deux.

L’objectif ne consiste pas simplement à produire du bois. Il s’agit de préserver la forêt et sa capacité à continuer d’offrir des avantages à l’avenir.

Le bois peut également contribuer à la gestion à long terme d’une forêt d’une autre manière. Les revenus tirés des produits du bois peuvent permettre aux propriétaires et aux gestionnaires forestiers de continuer à investir dans la régénération, l’entretien, le suivi et la protection.

Les considérations écologiques, sociales et économiques sont donc étroitement liées. L’arbre abattu n’est pas une fin en soi.

Comme l’explique le forestier hongrois Peter Hasulyó :

Le résultat du travail d’un forestier, c’est la forêt elle-même. Ce n’est pas le bois. Ce n’est pas l’ombre. Ce n’est pas le captage du carbone. C’est son existence même.

Faut-il toujours laisser les forêts intactes ?

Dans certains cas, la protection constitue la meilleure approche.

Dans certaines forêts, ou certaines zones au sein d’une forêt, il est essentiel de limiter l’intervention humaine afin de préserver les habitats, les espèces ou les processus naturels. Décider de ne pas intervenir peut en soi constituer une mesure de gestion active.

Mais ailleurs, une gestion active qui prévoit certaines interventions peut aider les forêts à s’adapter, à se rétablir et à demeurer résilientes.

L’idée selon laquelle une forêt est toujours en meilleure santé lorsqu’on la laisse complètement intacte suppose que les conditions qui l’entourent restent relativement stables. Or, de nombreuses forêts font aujourd’hui face à des changements environnementaux rapides.

Le changement climatique modifie les températures, les régimes de précipitations et les régimes de perturbation. Les forêts subissent également les effets des espèces envahissantes, des ravageurs, des incendies et des pressions croissantes exercées sur les terres.

Ces changements peuvent se produire plus rapidement que certaines espèces ne sont capables de s’adapter.

Comme l’explique Peter, les forêts existent depuis des millions d’années sans intervention humaine, mais les conditions environnementales auxquelles elles étaient soumises évoluaient beaucoup plus lentement que bon nombre des changements que nous observons aujourd’hui.

Cela pose un nouveau défi.

La question n’est donc pas simplement :

Devons-nous intervenir ou laisser les forêts intactes ?

Il faut plutôt se demander :

Quand, où et comment une intervention peut-elle aider une forêt à rester en bonne santé et résiliente ?

La gestion forestière ne se résume pas à l’exploitation forestière.

Elle ne consiste pas à contrôler tous les aspects de la nature.

Et elle ne signifie pas non plus qu’il faut toujours laisser la nature complètement intacte.

Elle consiste à comprendre la forêt, le paysage qui l’entoure et les pressions auxquelles elle fait face, puis à prendre des décisions en gardant son avenir à l’esprit.

Ultimately, successful forest management is measured not simply by how much wood is produced, how much carbon is stored, or how many trees are planted.

The result of a forester's work is the forest itself.

It’s the existence of the forest.